10/06/2007

MARSEILLAISE (extrait de ma chronique dans le bimestriel belge "Imagine"— mai 2007)

Parce que Ségolène Royal fait chanter la Marseillaise dans ses meetings et propose de pavoiser les fenêtres le 14 juillet, les Verts et l’extrême gauche l’accusent parfois de « courir après Le Pen ». Ce reproche me semble infondé. Un drapeau français dans chaque maison, c’est peut-être cul-cul. C’est peut-être « de la démocratie de supporters de football ». Mais quand elle parle d’identité française, Ségolène Royal le fait sans la moindre ambiguïté. Sa République est métissée et sociale, forte de son histoire et de ses valeurs humanistes. Au nom de quel renoncement symbolique faudrait-il donc abandonner son drapeau à l’extrême droite ? Si Le Pen s’emparait demain du drapeau rouge ou du drapeau vert, refuserions-nous de les lui disputer ?****La question de l’identité — ce socle idéologique et symbolique commun qui nous aide à partager le même espace public — ne me semble d’ailleurs pas, en soi, « de gauche » ou « de droite ». Dans les sociétés les plus archaïques, il est à la base de tout processus de socialisation. Comme si les communautés humaines, pour prendre corps et survivre, avaient besoin de se singulariser. De se tatouer la peau, de se limer les dents, de se couper le sexe, de s’allonger le cou ou les oreilles. De partager des rites, des costumes et des chants. Nous, c’est nous ; eux, c’est eux. Aujourd’hui encore, quand un juif ou un musulman se coupe le prépuce et s’impose certains tabous alimentaires, que fait-il d’autre qu’inscrire, dans son propre corps, une barrière symbolique entre sa communauté et les autres hommes ? ****A ces rites premiers sont venus s’ajouter ou se substituer, au cours des siècles, les religions, le sentiment national et les idéologies (le communisme fut, par exemple, un fameux ciment identitaire). Dans les sociétés modernes, ce lien se prolonge et se réinvente à travers la famille, l’école, le travail, la citoyenneté et la culture (2). Etre moderne ou progressiste, ce n’est donc pas nier avoir une identité. C’est reconnaître des identités plurielles qui pourront et devront s’emboîter, s’articuler et se hiérarchiser. Je peux ainsi être juif, médecin, amateur de rap, breton, écologiste, français, européen, supporter du PSG et d’origine tunisienne. Tant que le PSG ne joue pas contre le FC Nantes, où est le problème ? Oui ! Soyons européens, internationalistes, universalistes ! Mais n’oublions pas que c’est au sein de l’espace national, d’abord, que la démocratie concrètement se vit, s’imagine et se construit. Aussi, dans cette chaîne identitaire, ce serait, je crois, une faute politique majeure de « zapper » l’échelon « bleu-blanc-rouge» parce qu’un certain nationalisme xénophobe et guerrier a jadis engraissé les champs de bataille d’Europe et de l’Empire. Le patriotisme métissé de Ségolène Royal n’a d’ailleurs rien à voir avec cela. Ce n’est pas un facteur de guerre. C’est un facteur de paix. Dans une société multiculturelle, il est là pour rassembler symboliquement les communautés et les tribus dans le creuset de la république. Car si la nation ne le fait pas, qui le fera ? ***(1) L’usage de l’arme nucléaire fait, en France, partie des prérogatives de la Présidence de la République. ***(2) Dans les sociétés traditionnelles, la communauté coïncide avec l’espace public. Dans les sociétés modernes, l’enjeu identitaire et de dépasser le communautarisme (« vivre avec ceux qui nous ressemblent ») pour partager l’espace public « avec ceux qui ne nous ressemblent pas ». Cela exige, toujours, du temps, des moyens et un outillage symbolique approprié.7EP21CovB

08:14 Écrit par Claude dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/03/2007

Sarkozy ne sera pas président (...Ben si, il l'est !)

Bon, je me suis planté ;-))... J'avais prédit, il y a six semaines, que Sarkozy ne serait pas président de la République (voir "analyse" ci-dessous) ...et il l'est ! Ceci dit, mon "post" n'était pas une trop mauvaise analyse du premier tour et j'avais effectiment annoncé les deux "finalistes". Mais j'ai ensuite surestimé le mouvement de rejet qui frapperait Sarcozy (le fameux "tout sauf Sarkozy"!, qui n'a pas vraiment fonctionné) et sousestimé parallèlement les réserves que Ségolène Royal provoqueraient à l'intérieur de son propre camp — que ce soit par simple machisme ou pour des raisons politiquement plus fondées (l'affirmation soudaine, entre les deux tours, d'une possible alliance avec Bayrou, semble par exemple avoir été improvisée sans concertation collective des instances du PS). Je préciserais toutefois encore deux choses: 1/ Ségolène Royal est majoritaire dans "la France des moins de 65 ans"... mais ce sont les "plus de 65 ans" qui ont fait la différence, en votant à 75% pour Sarkozy ! Sarkozy n'est donc pas le président de "la France qui travaille", mais le président de la France qui sucre les fraises, pardon, de la France du quatrième âge. La gauche a reçu la pyramide des âges sur les pieds et cela nécessitera, à l'avenir, une attention particulière à cette partie de la population 2/ J'avais cru comprendre que Sarkozy allait se retirer quelques jours dans un monastère pour méditer et "habiter" sa nouvelle fonction présidentielle. Finalement, il a pris quelques jours de congé en méditerranée sur un yacht de milliardaire, qu'il a rejoint en jet privé après avoir fêté sa victoire au Fouquets... Ce qui ressemble nettement plus au personnage ! Premier acte, premier mensonge. Ah... la "France qui travaille", elle n'a pas fini de bouffer sa merde de nouveau riche ! XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX Et à partir d'ici, voici ce que j'écrivais il y a six semaines.... XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX Sarcozy commence peut-être à bien sentir sa campagne, mais moi je ne sens pourtant pas du tout Sarcozy président de la République.Mathématiquement, il a pourtant les cartes en main pour le devenir, et il sera je crois certainement au deuxième tour.Mais si le personnage est un "bon" candidat pour rassembler la droite, ce n'en est pas un pour rassembler la France, et il provoque d'allergiques rejets au centre et à gauche. Il a de belles "qualités" d'énergie et un indéniable talent oratoire (on s'en branle : Le Pen aussi), mais il transpire l'abus de pouvoir et il inquiète plus qu'il ne rassure. Or la France, de par son histoire, est politiquement divisée en deux grands camps ("la gauche" et "la droite") et il faut, pour devenir président(e) de la république, rassembler "les siens" tout en jetant quelques passerelles vers "les autres". Mitterrand, de par sa trajectoire personnelle, De Gaulle, qui gouverna avec les communistes, Chirac, par sa plasticité radical-socialite, et même Giscard, qui, avant de devenir une momie confite de la droite, imposa quelques mesures progressistes (comme la loi sur la légalisation de l'avortement), surent incarner cette figure paradoxale. Quand Sarcozy cite à la fois Jaures, Blum et son Ministère de la déportation identitaire, cela donne simplement envie de ricaner et de vomir.Ecartons d'emblée l'hypothèse Le Pen au deuxième tour. Je n'y crois pas une seconde. Sarcozy le borde sur sa droite avec des barbelés plein la bouche, la gauche n'a pas oublié le traumatisme du 21 avril 2002 (Jospin éliminé au premier tour), Chevénement et les Radicaux de gauche sont rentrés à l'écurie pour quelques secrétariats d'Etat et un Ministère (merci Hollande) et une bonne partie des votes "fouteur-de-merde" s'exprimeront plutôt (et paradoxalement) sur Bayrou.Restent, précisément, Bayrou et Ségolène Royal.Bayrou a certainement été la révélation de cette campagne mais je ne le vois pas doubler Sarko ou Royal au premier tour. Il n'a pas de majorité parlementaire pour asseoir son action et toutes les alliances locales de l'UDF sont à droite (comme d'ailleurs toute la trajectoire politique de Bayrou). Cela ne fera pas nécessairement "pchtt" à moyen terme (ce n'est peut-être que partie remise pour la prochaine fois), mais son ambition (proclamée) de bouleverser le paysage politique gauche-droite et de créer un "grand parti du centre" devrait d'abord s'incarner ici et là régionalement avant de prétendre s'affirmer comme modèle national. Je pense.Je n'ai pour Ségolène Royal ni l'admiration des uns, ni le mépris des autres. Sa volonté affichée de refonder la république dans une citoyenneté participative me semble honorable. Elle porte et incarne les valeurs traditionnelles de la gauche tout en n'abandonnant pas à la droite des valeurs comme la sécurité ou le patriotisme. Là où elle se trouve, ce caractère hybride ne me dérange pas et, comme je l'ai dit plus haut, cette "transgression" lui permettra peut-être d'incarner une majorité du peuple français. Elle incarne à la fois une France des terroirs et une France plus moderne, plus féminine, plus métissée, quand le petit César de Neuilly n'incarne que son égo surdimensionné.Ce sera ric-rac, mais je vois assez bien, au-delà des vapeurs sondagières, un second tour Sarcozy-Royal et une victoire étriquée de la seconde grâce au T.S.S. (tout sauf Sarcozy).On verra dans un mois si je suis le plus mauvais analyste politique de Belgique et de Navarre ;-).En tous cas, maintenant que je l'ai écrit, on pourra mettre mon nez dedans !Bises, ClaudeNB: Si je votais en France, j'aurais probablement voté Bové ou Besancenot au premier tour, mais on s'en fout, non ?semal trio

14:38 Écrit par Claude dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/12/2006

La fin de la Belgique ? Vive la RTBF!

Je participe à une liste d'information où plusieurs prises de positions outrées ont suivi l'émissions de la RTBF sur "l'indépendance de la Flandre" (un reportage de télé-fiction qui faisait croire aux télé-spectateurs, en direct, à l'éclatement de la Belgique). Sans avoir vu moi-même l'émission (et pour cause!), voici ce que j'ai répond à un message titré "Honte à la RTBF!"Vive la RTBF!Je ne suis pas d'accord avec vous, les amis.Je n'ai pas vu l'émission de la RTBF puisque je travaillais (je suis au Théatre Le Public jusqu'au 31 avec "Cabaretje", qui parle précisément... de la Belgique).Mais à priori, l'initiative de la RTBF, aussi explosive soit-elle, me semble plutôt positive. Mélanger l'information et le spectacle, l'émotion et la réflexion, c'est ce que la télévision fait en permanence — sans toujours le dire. Apprendre à se méfier des images et des manipulations qu'elles induisent n'est jamais inutile.Ce qui me semble important, moi, c'est qu'il y ait un véritable débat sur l'avenir de la Belgique. Un débat populaire. Que l'on sorte des langues de bois et des faux semblants des petits cénacles politiques. En ce sens, je trouve ce "choc" plutôt salutaire. Pour une fois que la RTBF fait preuve d'inventivité et de courage !Je comprends très bien que certaines personnes aient pu être "choquée". Mais c'est précisément cela le rôle de la fiction : s'autoriser à être choqué "pour du faux", sans véritables enjeux, pour ne pas devoir être un jour choqué "pour du vrai" (voir l'horreur de la guerre sur un grand écran pour ne plus jamais faire la guerre pour de vrai).Bien cordialement, Claude SemalClaude Semal et Eric Drabs2

12:22 Écrit par Claude dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/10/2006

chronique imagine septembre

Bonjour, je tiens régulièrement une chronique dans le bimestriel belge "Imagine". Voici celle du mois de septembre 2006. Bien cordialement à vous! Claude« J’ai confiance en l’injustice de mon pays »(photo vercheval)Semal006En ce mois de septembre 2006, je passerai, pour la onze ou la douzième fois, devant un Tribunal. Je n’aime pourtant vraiment pas ça et, tant qu’elle ne contredit pas ma conscience, je respecte la loi. Mais la loi nous respecte-t-elle ? Du plus drôle au plus absurde, florilège de mes procès.1972 / le plus comique. Et le plus ancien : le tribunal militaire qui a statué sur mon statut d’objecteur de conscience. À l’ombre de Boris Vian et de Hara-kiri, j’avais écrit une lettre de motivation ironiquement anti-militariste. Je ne suis pas sûr qu’elle fût aussi drôle que je l’eusse souhaité, mais la situation, elle, l’était assurément. Car elle fut lue, debout, à voix haute, par un militaire de carrière qui en désapprouvait visiblement chacun des termes — devant un parterre de futurs objecteurs hilares. Le malheureux dû même, à deux reprises, interrompre sa lecture, car plus il faisait la grimace en prononçant mes insanités, plus, évidemment, la salle entière hurlait de rire. Le Président du Tribunal, un colonel en civil, avait visiblement lui-même du mal à garder son sérieux. Une belle leçon de théâtre. Et ma demande fut acceptée. Yes !1977 / le plus terrifiant. Rira bien qui rira le dernier. Avant mon service civil, je devais, comme tous les miliciens, passer une visite médicale. Or j’étais, à l’époque, une des chevilles ouvrières de l’hebdomadaire POUR. J’ai donc retardé au maximum, je l’avoue, cette formalité administrative. Au bout de deux ans, on me convoqua finalement au Tribunal (civil) et on m’intima l’ordre de me mettre en règle. Ce que je fis. Puis, comme j’étais responsable des numéros d’été du journal, je partis en vacances en juin. Je fus, malheureusement, convoqué au Tribunal durant cette période, et, en mon absence, condamné à six mois de prison ferme. Or à partir de six mois, les peines sont immédiatement exécutoires. Je fus donc arrêté à mon retour, dans le train, puis menotté à un radiateur de Liège Guillemin et expédié en short à la prison de St Léonard. J’y ai passé huit jours, le temps de prouver ma bonne foi… pendant les vacances judiciaires ! Humainement, un épisode très instructif. Tous les juges devraient, je trouve, faire anonymement quinze jours de tôle à la fin de leurs études. Histoire de voir à quoi ils condamnent les gens. Ouille !1981 / le plus musical. En 1979, j’avais écrit une chanson pour dénoncer la pollution par le plomb de la Métallurgie Hoboken, la principale entreprise de métaux non ferreux du pays. Avec les « Ateliers du Zoning », nous l’avions chantée, une fois, et ce n’est pas un belgicisme, à 22h30, à l’émission « Autour des Usines ». Suite à ce matraquage radiophonique, l’usine nous attaqua en diffamation. Elle réclamait 100.000 FB de dommages et intérêts et la destruction immédiate de tous les disques (qui n’existaient pas, mais que nous nous sommes évidemment empressés d’enregistrer). À la barre, avec Michel Graindorge, nous citâmes « la Marseillaise », « l’Internationale », Renaud et le droit à l’amplification poétique —, mais nous pûmes aussi prouver que tous les faits cités dans la chanson étaient exacts. Nous fûmes acquittés. Yes !1980 / le plus politique. Entre 1975 et 1980, je fus, comme secrétaire de rédaction du journal POUR, impliqué dans six ou sept procès de presse. Je me souviens, en particuliers, de l’affaire des « microfiches B ». Un traducteur intérimaire, qui travaillait au Ministère de la Justice sur les fax d’Interpol, nous avait apporté la preuve que les polices européennes, en toute illégalité, se communiquaient des informations politiques sur les syndicalistes et les militants. Les fameuses « microfiches B ». Nous publiâmes les fax, et nous fûmes aussitôt accusés de vol et de recel de documents. Nous plaidâmes sur la forme (une photocopie de fax est-elle le fax lui-même ?) et sur le fond (blablabla, la liberté de la presse, la défense des droits démocratique et le secret des sources). La plupart des autres journaux nous apportèrent leur soutien. Nous fûmes acquittés. Mais notre informateur, qui avait pourtant dénoncé une pratique illégale, fût, lui, lourdement condamné. Ouille !2006 / le plus long et le plus absurde. Depuis vingt ans, l’INASTI me réclame des cotisations « d’indépendant » pour les années 1986, 1988 et 1989. J’étais alors, comme aujourd’hui, travailleur du spectacle, et la loi de 1969 faisait donc obligatoirement de moi un travailleur salarié. Mais dans le circuit où je jouais (Maisons de Jeunes, Foyers Culturels, cabarets…), aucun de mes employeurs occasionnels ne payait de cotisations de travailleur salarié pour un artiste (faites encore l’expérience aujourd’hui !). En outre, comme je chante mes propres chansons, je touchais parallèlement de (modestes) droits d’auteur. L’INASTI prend appui sur ces revenus « d’indépendant » (5.000 Euros en trois ans) pour me réclamer… 5.000 Euros de cotisations ! Mais quel « indépendant » irait développer une activité qui lui coûterait, en cotisations, la totalité de ses revenus ? Bienvenue en Absurdistan. En 1986 et 1987, j’étais, en fait, l’exemple typique d’un jeune comédien qui, en entrant dans la vie active, cherche à conquérir et faire respecter ses droits sociaux de travailleur salarié. Ce qui fut effectivement le cas à partir de 1988 (sept mois de contrats, grâce au succès « d’Odes à Ma Douche »). En être privé ne faisait pas de moi, par défaut, un « travailleur indépendant ». Mais un chômeur sans droits, dont la modestie des revenus auraient pu me faire postuler au CPAS ! La Cour du Travail de Bruxelles, sur cette base, m’a pourtant déjà condamné. Nous sommes en appel. On me réclame aujourd’hui, avec les arriérés judiciaires, … 20.000 Euros. Soit un an de mes revenus actuels. Je fais quoi ? Je me suicide tout de suite, ou je m’énerve d’abord ? Et le premier homme politique qui me parle encore de « statut de l’artiste », je lui fais le coup de Zidane. En visant les yeux.Pour la route. Les juges me font souvent penser à ces médecins de Molière qui s’échangeraient des jurisprudences comme autant de citations latines. Peu importe dès lors que le malade soit mort et le jugement absurde. L’important, c’est d’avoir classé la maladie dans la bonne rubrique, sous le bon alinéa. Toutefois, si la Cour du Travail jugeait, cette fois, cette affaire avec logique, équité et humanité — en un mot, avec justice — je ne manquerai pas de vous le faire savoir.Ouille, ouille, ouille !Claude Semal

08:40 Écrit par Claude dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

14/09/2006

La dernière blague belge

Oui, la presse française a souvent été dithyrambiques pour Patrick et moi dans "La Raison du plus faible" (avec Lucas aussi, d'ailleurs)... Mais, à l'exception notable du Soir, de la Libre Match et du Vif/L'Express, une partie de la presse belge semble froncer le nez devant les acteurs du terroir. On sent le fromage de Herve, ou quoi ? Totalement délirant : en France, on nous cite pour un prix d'interprétation (La Voix du Nord) ou un César (Télérama), nous sommes "formidables" "bouleversants", « époustouflants », « des acteurs d'exception » (France Inter, le Nouvel Obs, Marianne, Politis, Les Echos...), et en Wallonie... nous ne serions, parait-il, « pas à niveau »! (Télémoustique, Vers l'Avenir, La Dernière Heure). Alors que les acteurs du film sont originaires de Mons, Ciney, Namur, Bruxelles, Seraing et Paris, nos cinéphiles autochtones vont tout de suite à l'essentiel et s'interrogent, gravement, sur la proximité de nos accents avec le wallon de Liège. Ca, c'est de la critique de cinéma ! Je sais bien que "nul n'est prophète dans son pays", mais, au bout de trente ans, la fréquentation récurrente de ces conneries de comptoir, de cette étroitesse de vue, de cette suffisance de province, de ces critiques de garçons coiffeurs et de garçons bouchers, a quelque chose d'aussi désespérant qu'exaspérant... Faut-il encore en rire ou en pleurer ? Bises, Claude

15:21 Écrit par Claude dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/06/2006

Vive l'Absurdistan ! (procès SEMAL / INASTI)

Quand j’ai commencé à pouvoir vivre de mon métier de chanteur et de comédien, au début des années ’80, il m’a fallu sortir du « maquis social » dans lequel se trouvaient la plupart des artistes du spectacle qui travaillaient alors « hors institutions ». Car si la loi de 1969 faisait obligatoirement de nous des « travailleurs salariés », rien n’avait été mis en place pour que les cotisations ONSS soient payées par nos multiples employeurs (foyers culturels, maisons de jeunes, etc…).C’est pour faire face à cette situation que des « mutuelles d’artistes », comme Payroll et Flandres et Smart en Wallonie, ou plus simplement des « ASBL culturelles », ont ensuite été créées comme « interface » entre les artistes et les organisateurs — pour que ces cotisations soient effectivement payées et perçues. A l’époque, ce n’était souvent pas le cas.Etant par ailleurs « auteur-compositeur-interprète », mon travail de scène de scène m’a toujours rapporté, indirectement, de modestes « droits d’auteur ». Ces droits d’auteurs auraient dû, en principe, être exonérés de cotisations de « travailleur indépendant » (INASTI) puisque j’étais, selon la loi, un travailleur salarié. C’est en prenant appui sur ces revenus « d’auteur » que l’INASTI me réclame pourtant des cotisations pour les années 86, 87 et 88. La situation est particulièrement absurde en 1988 (où j’ai été salarié pendant sept mois) puisque, cette année-là, mes revenus seraient EFFECTIVEMENT et A LA FOIS soumis à des cotisations comme « salarié » et à des cotisations comme « indépendant » … sans que je n’ai pu bénéficier, ni d’un côté ni de l’autre, suite aux habituelles périodes de "latence", de la moindre protection sociale effective ! Et cela, au nom de la « solidarité » avec les notaires, les pharmaciens et les dentistes ! Les Tribunaux me semblent aujourd’hui souvent rendre la Justice comme les médecins de Molière rendaient la médecine : dans les livres plutôt que dans la réalité, en se réjouissant que la maladie ait été vaincue… quand le malade est mort. Voici mon intervention devant la X ème Chambre de la Cour du Travail de Bruxelles, ce vendredi 10 juin 2006. Claude Semal(NB la photo / peinture ci-jointe est du peintre Pierre Devreux; les deux photos en noir et blanc, elles, sont extraites des spectacles "Odes à ma douche" et "Le cimetière des Belges").Bonjour,mon avocate a pris la précaution de me prévenir : ce Tribunal ne juge pas ici « en équité », mais « en droit ». Il ne s’agirait donc pas de définir « ce qui est juste », mais « ce qui est conforme à la loi ». Je crois avoir compris ce subtil distinguo. Mais il n’est pas défendu d’espérer que la Loi soit juste, et si le Tribunal a un certain pouvoir jurisprudentiel, c’est notamment, me semble-t-il, pour qu’il en soit ainsi.Or, si le Parlement, il y a trois ans encore, a pu légiférer sur un supposé « statut de l’artiste », c’est bien parce que le Droit semble avoir quelques difficultés à intégrer la complexité de nos professions et la réalité de nos statuts. Et si l’INASTI d’une part, mon syndicat et moi-même de l’autre, nous retrouvons aujourd’hui devant ce Tribunal, c’est, sans doute, parce que la Loi peut être interprétée de deux façons différentes. Quand il subsiste ainsi des zones d’ombres dans le Droit, il me semble utile de retourner à ce qui était, à l’origine, la volonté du législateur. Et nous verrons qu’il y a là, à côté des doutes, quelques solides certitudes.Une de ces certitudes, est la volonté du législateur, clairement affirmée dans la loi de 1969, et souvent répétée depuis, de considérer tous les travailleurs du spectacle comme des travailleurs salariés. La jurisprudence était à ce sujet tellement impérative que, pendant plusieurs années, l’INASTI refusait même que l’on puisse s’inscrire comme « indépendant » en tant que comédien ou que chanteur. Or, travailleur du spectacle, je le suis au double titre de chanteur et de comédien.Mais il se fait que, dans la grande famille des travailleurs salariés du spectacle, j’appartiens à un sous-ensemble particulier : les auteurs / interprètes. Si j’ai joué Brecht, Fassbinder ou Belvaux en scène, il m’arrive en effet, régulièrement, d’interpréter aussi en scène mes propres textes, de chanter en scène mes propres chansons.Ainsi, à côté de mes salaires de comédiens et de mes cachets de chanteurs, cette activité d’auteur/ interprète a toujours généré, de façon subsidiaire, des droits d’auteur. J’insiste sur ce caractère de « subsidiarité » : je n’ai jamais été simplement « auteur ». Ces revenus d’auteurs ont toujours été totalement liés à mon activité de scène. Si je n’avais pas moi-même interprété ces textes en scène, ils ne m’auraient rien rapporté. Inversement, étant auteur / interprète, je n’aurais pas non plus pu exercer mon métier de chanteur ou de comédien sans toucher subsidiairement ces droits d’auteur.Pour ces quelques dizaines de milliers de francs, indirectement gagnés, ainsi, en 86, 87 et 88 (ndlr : 6000 euros en trois ans), l’INASTI me réclame aujourd’hui, 20 ans plus tard, quelques centaines de milliers de francs de cotisations d’indépendant (ndlr : 18000 euros avec les intérêts judiciaires).Si j’ai bien compris, si j’avais donc en 86 et 87, chanté les chansons d’Adamo et d’Annie Cordy plutôt que les chansons de Claude Semal, ce procès n’aurait jamais eu lieu.Croyez-vous vraiment que, dans son immense sagesse, le législateur ait voulu dire en 1969 : tous les comédiens et tous les chanteurs sont des travailleurs salariés, sauf les auteurs / interprètes qui, eux, pourront être considérés comme des travailleurs indépendants ?Croyez-vous qu’il ait voulu dire : « Si Claude Semal chante Annie Cordy, c’est un travailleur salarié ; si Claude Semal chante Claude Semal, c’est un travailleur indépendant ? ». C’est possible… mais cela me semblerait quand même excessivement curieux.Depuis 1989, je suis d’ailleurs considéré comme un travailleur salarié et personne, jamais, ne m’a depuis contesté ce statut.Mais pourquoi, dès lors, le contester en 86, 87 et 88 — alors que mes activités professionnelles étaient exactement les mêmes ? Alors qu’en 87, 88, 89 et 90, je jouais même, exactement, le même spectacle, pratiquement pour le même réseau d’employeurs ? Par quel mystère, la même activité professionnelle, le même travail, pourraient-ils relever de la caisse des salariés en 89 et de la caisse des indépendants en 87 ? Quelle loi, quel décret, aurait été entre temps voté pour justifier ce changement de statut ? Ne cherchez pas : il n’y en a pas.Ce qui a changé, c’est que par mon travail, par la création d’un spectacle, « Odes à ma douche », créé en 86 / 87 et joué plus de 300 fois depuis, j’ai progressivement travaillé avec des théâtres plus importants, plus structurés — comme le Botanique à Bruxelles et le Théâtre de la Place à Liège — auprès de qui j’ai pu faire valoir et défendre mes droits de travailleurs salariés.J’avais à l’époque 32 ans. C’est peut-être vieux pour un footballeur, mais c’est jeune pour un chanteur. Eh ! bien, pour jouir de la totalité de mes droits de travailleurs salariés, comme j’avais plus de vingt-cinq ans, il me fallait, à l’époque, cumuler douze mois de travail salarié sur une période de dix-huit. Douze mois ! Dans les métiers de la scène, ou les contrats sont au maximum de deux ou trois mois, et le plus souvent d’un jour ou deux, il s’agissait-là d’un petit miracle. Mais j’y suis arrivé -— précisément, durant la période concernée.Comment cette même activité, ce même spectacle, qui allait précisément m’ouvrir des droits comme travailleurs salariés, aurait-il pu, durant la même période, relever d’une caisse pour travailleurs indépendants ?Je sais que la Belgique a parfois la réputation d’être l’Absurdistan ; puisse au moins sa législation sociale ne pas emprunter le même chemin.Cette affaire, vous le savez, a pourtant déjà été une première fois jugée. Le premier Tribunal a estimé que, puisqu’ en 86, 87 et 88, je ne jouissais pas de la totalité de mes droits de travailleurs salariés, je devais donc, par défaut, être considéré comme un travailleur indépendant. Vous n’êtes pas ceci, vous êtes cela. Mais je n’étais pas « un indépendant ». Je n’ai jamais voulu l’être. Je ne l’étais pas, je ne l’ai jamais été, et vous savez quoi ? Je ne le serai jamais.En 86, 87 et 88, j’étais un travailleur des Arts de la Scène —d’ailleurs syndiqué — qui se battait pour que ses droits de travailleurs salariés soient respectés. J’étais un jeune artiste, socialement « borderline », qui aurait, sans doute, pu émarger au CPAS tant ses revenus étaient modestes. Mais je me contentais de peu, je faisais ce que j’aimais et je ne réclamais rien à personne.La situation est particulièrement criante en 1988 puisque, cette année-là, j’ai été salarié les sept premier mois de l’année… avant de l’être, à nouveau, les six premiers mois de 1989. Entre les deux, le tribunal a décidé… que je « redevenais » travailleur indépendant ! Mais un travailleur salarié qui perd son travail, cela s’appelle un chômeur, pas un « travailleur indépendant »! Et c’est cet artiste débutant, ce travailleurs salarié « en devenir » qui était donc, le reste du temps, un chômeur sans allocations, que l’on voudrait, 20 ans plus tard, habiller d’un costume « d’indépendant » … parce qu’il chantait ses propres chansons ! En lui réclamant, comme « cotisations d’indépendant», pour ces deux années et demie, une somme qui représentait à l’époque la totalité des droits d’auteur alors perçus et qui aujourd’hui, avec les intérêts judiciaires, représente plus de dix mois de mes revenus annuels ?Alors, oui, je sais, ce Tribunal ne juge pas « en équité ». J’espère simplement qu’il ne jugera pas non plus « en iniquité ». Je suis à la disposition du Tribunal pour répondre à vos éventuelles questions et je vous remercie.Claude Semal

09:24 Écrit par Claude | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/05/2006

Une belle Brochette d'acteurs ...et un pingouin

Souvenirs souvenirs... Toute la distribution de "La raison du plus Faible" pendant la séance de pose du matin, et le soir, la descente des marches après la projection du film dans la grande salle Lumière et ses dix minutes d'applaudissements. Natacha lève la main pour attraper une palme, mais la concurrence est rude et finalement, nous reviendrons de Cannes avec un masque et un tuba. C'est joli aussi. Le pinguoin à droite, qui a oublié ses boutons de manchettes, c'est moi. Une possible figuration prochaine dans la marche de l'empereur ? Quand au film lui-même, c'est ici que sa vie commence... A bientôt dans les salles ? Bises, Claude

17:30 Écrit par Claude | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |